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Jours 340-341: Ceux qui voyagent au bout d’eux-mêmes – Acte V

Trek des Annapurnas, Népal – Acte V – Le retour.

Jour 340: lundi 7 octobre 2019

ETAPE 13 : L'ETAPE OU ÇA SAUTE DANS TOUS LES SENS
par Camille


Jomsom (2720m) - Tatopani (1190m)
48 kilomètres en jeep ; 4 heures

Cette nuit de sommeil à une altitude ‘respectable’ a fait le plus grand bien : malgré de nombreuses courbatures dans les jambes, on est en pleine forme !

On prend le petit-déjeuner à 7h, puis on prépare nos sacs et on règle la note auprès de nos hôtes. La vue sur l’Annapurna I (8091m) depuis le village est vraiment dingue !!

On croise les doigts pour trouver une jeep disponible à bon prix, car on n’a vraiment aucune envie de se retaper une étape comme hier… On se rend à l’autre bout du village, qui est bien plus grand que ceux traversés jusqu’ici, jusqu’à l’aéroport. Oui, un aéroport en plein milieu d’une vallée encaissée où souffle un vent de malade dès le milieu de matinée ! Les aérodromes de l’Himalaya comptent parmi les plus dangereux au monde : autant dire que le retour en avion à Pokhara, même si le trajet ne dure que 20 minutes, n’est pas une option, peu importe le prix du billet. 😉

On a un peu de mal à trouver un bureau de jeeps, mais on finit par y arriver : non, désolé, c’est plein… Et le suivant : déjà plein également… Suivant : oui on a encore des jeeps disponibles, le prix se monte à 15’000 roupies, c’est non négociable ! Soit bien trop haut pour nous, même à partager en 4… Aujourd’hui et les prochains jours sont des jours fériés au Népal, et de grandes festivités ont lieu : cela semble réduire fortement les possibilités de transport jusqu’à Tatopani, le petit village à une quarantaine de kilomètres d’ici…

Crédit photo: Mark et Michelle.

On est presque résignés à passer les 2 prochains jours à marcher quand le miracle se produit : un chauffeur accepte de nous prendre pour 2’000 roupies chacun car cela lui permet visiblement de remplir son véhicule. On saute sur l’occasion ; ce sera de toute façon le prix le plus bas que l’on pourra trouver ! L’autre alternative à la marche, si l’on ne trouvait pas de jeep, était le bus, mais on savait d’avance que ce n’était pas envisageable : le Népal possède également, en plus des aérodromes les plus dangereux du monde, des routes de montagne absolument suicidaires ! Ce qu’on a lu sur les blogs fait froid dans le dos, et pour moi il était exclu de s’aventurer sur des routes dans un état lamentable, à flanc de falaise avec un ravin vertigineux à 2 centimètres des routes d’un bus dans un état encore plus lamentable que la route…

Tout contents de notre trouvaille, on charge les sacs sur le toit et on monte dans la jeep. Pour l’instant, on est que les 4, on a donc de la place. Cela ne va pas durer.

Il est 9h, on démarre. L’excitation d’avoir finalement trouvé une bonne affaire pour atteindre Tatopani fait place à l’appréhension. En effet, même si l’on n’est pas en bus, l’état des routes reste le même… Mais Greg et Virginie nous ont dit qu’en jeep, c’était passable, et comme Virginie était aussi terrifiée que moi à l’idée de prendre le bus sur ces routes suicidaires, je la crois volontiers.

C’est parti ! Enfin, presque. Remake des trajets indonésiens sur Florès : il nous faut presque une heure pour réellement démarrer tant le nombre d’arrêts est élevé. La jeep se remplit peu à peu. De 4, on passe à 5, 6, 7, 8… puis on s’arrête pour que les passagers puissent acheter des chips et jouer au loto dans le village de Marpha (si si !). On redémarre…

Oh-mon-dieu. Comment expliquer les bonds que l’on fait alors que la jeep semble embarquée sur une véritable montagne russe en lieu et place de la “route” ? On fait du rodéo, Michelle, Chris, moi et une Népalaise sur la banquette arrière, Mark et 3 autres Népalais sur celle de devant. A côté du chauffeur, 2 femmes sont entassées sur le siège passager dont le dossier penche tellement vers l’arrière que l’une des femmes finira presque la tête sur les genoux de Mark.

C’est é-p-i-q-u-e. Il n’y a pas d’autre mot. Un trajet mémorable !!! On est tantôt en train de pleurer de rire tellement des conditions de trajet pareilles sont inimaginables tant qu’on ne les a pas vécues, tantôt en train de pleurer tout court tellement la route est effrayante. Et ‘effrayante’, c’est un pléonasme. La “route” en question fait maximum 2 mètres de large, et est ponctuée de cailloux d’une taille énorme qui font dévier la jeep de gauche à droite. On ne compte plus le nombre de fois où la jeep a dû traverser des plans d’eau à cause des cascades créées par les multiples éboulements. La saison des pluies a été particulièrement forte en ce mois d’août 2019 et ici, le déblaiement n’a pas lieu dans l’heure qui suit. Ni même le mois d’ailleurs… D’un côté, la paroi de la montagne, de l’autre, un ravin. Absence totale de barrière de sécurité bien entendu. Sécu-what ? Inutile de préciser qu’à certains endroits, les 60 centimètres de différence en largeur entre une jeep et un bus nous semblent clairement faire la différence entre la vie et la mort. C’est monstrueux.

… Et ça dure pendant 4 heures !!!!

Il est 13h lorsque la jeep nous dépose sains et saufs, munis de nos sacs poussiéreux mais entiers, à l’entrée du village de Tatopani. On est fourbus, crevés, courbaturés comme si l’on avait marché 20 kilomètres. Mais on y est !

Repos bien mérité, car on sait que demain, il y a de grandes chances pour que l’on remette ça… On prend la première auberge qui s’offre à nous ; c’est vraiment basique mais pour une nuit, ça ira très bien.

Qui veut du bacon ?

Lunch au café Bob Marley (décidément, il y en a un dans chaque village), puis après-midi tranquille à l’ombre des arbres sur la terrasse de je ne sais plus quelle auberge. On discute, je rattrape mon retard dans le journal de bord, Mark et Michelle tentent de trouver un logement à Goa, en Inde, leur prochaine destination. Bientôt, on entend le tonnerre gronder au loin. C’est vrai qu’il a fait extrêmement chaud aujourd’hui ; ou peut-être est-ce parce qu’on s’était habitués au froid de l’altitude ! 😉 Mark et Michelle vont faire un saut dans les sources d’eau chaude du village, tandis que Chris et moi continuons à chiller à l’auberge.

On soupe vers 19h30 et on ne tarde pas à aller au lit. Demain est un jour qui commencera tôt : si l’on a de la chance avec les transports en ce jour férié, le bus pour Pokhara partira vers 7h…

Jour 341: mardi 8 octobre 2019

ETAPE 14 : L'ETAPE OU ÇA NOUS A SEMBLE INTERMINABLE
par Chris


Tatopani (1190m) - Pokhara (820m)
103 kilomètres en bus ; 5 heures

Jour férié au Népal : nous devons arriver tôt au ‘terminal’ au cas où un bus se décidait à partir… Aucun transport n’est garanti, encore moins aujourd’hui que les autres jours. C’est la raison pour laquelle nous avons commandé nos petit-déjeuners à 6h30, histoire d’être prêts à 7h15 et descendre au terminal qui se trouve à quelques minutes de notre auberge.

Sur place, des gens lavent un bus. C’est peut-être celui qui nous amènera à Pokhara, mais à cet instant nous n’avons aucune idée s’il partira ou pas. Tout ce que l’on constate, c’est qu’ils en prennent vraiment soin. Quant à la pertinence de le nettoyer et le faire briller, ça se discute sachant que le véhicule va s’engager sur des routes poussiéreuses ou boueuses…

A chaque fois qu’un passager potentiel s’approche du bus, nous savons que le chauffeur sera plus enclin à faire démarrer le “bolide”. L’incertitude va durer plus d’une heure et demie… Pendant que nous discutons avec Mark et Michelle, nous remarquons qu’en contrebas du talus, au bord de la rivière, un homme ramasse des poulets cuits. Il faut savoir que la région est géothermique et une source d’eau hyper chaude s’y trouve : les locaux profitent de ces gouilles naturelles pour y faire cuire leurs volailles et les déplumer plus facilement. Astucieux ces gens !

Il est 8h45, le chauffeur demande 1’300 roupies, c’est-à-dire plus du double du prix pour le trajet en temps normal. D’une part, c’est férié et très peu de bus partent aujourd’hui, et d’autre part, la course doit être rentable pour le chauffeur. Soit nous acceptons le prix, soit nous attendons encore sans être sûr de quitter Tatopani… Les autres passagers ayant accepté sans poser de question, nous sommes en infériorité numérique et n’avons que très peu de poids pour négocier ! Nous acceptons sans trop rechigner.

Monsieur ‘radar de recul’

Le moteur démarre. Le radar de recul du bus est enclenché, c’est-à-dire l’assistant du chauffeur penché par la porte du bus et tapant sur la carrosserie à chaque fois que les roues approchent du vide. Au fond de nous, nous savons que le trajet risque d’être épique encore une fois !

Même si la route nous paraît moins vertigineuse que le trajet d’hier, il y a certaines sections qui méritent de détourner le regard. Hop, bond à gauche, hop, saut à droite, coup de frein, accélération, hop… Nos fesses décollent du siège quasiment à chaque mètre ! L’état des routes, si on peut appeler ça ainsi, est plus que déplorable. Si vous êtes sensibles en voiture, un conseil : ne venez jamais au Népal, ou alors, fermez les yeux !!!

23 kilomètres qui nous prennent près de 2 heures 30. Nous ne sommes pas encore à Pokhara, mais à Beni. A partir de ce village, les routes sont censées être en meilleur état et c’est le cas, le conducteur se permettant même des pointes d’accélérations fantaisistes ! Malgré tout, il va sans dire que le trajet reste long, extrêmement long…

Dans tous les villages par où l’on passe, les gens portent des habits de fête. Les femmes joliment habillées avec des saris de couleurs éclatantes, les hommes de manière plus sobre mais tout aussi élégants. Tous les villageois de la région ont le front recouvert de grains de riz trempés dans de la poudre collante rouge vif : ce ‘point’ rouge symbolise la « porte » qui relie l’âme aux esprits. Et à chaque village son lot de passagers locaux qui monte et qui descend, ceux-ci s’entassant à chaque arrêt. Le bus est surchargé, il ne manquerait plus que des gens montent sur le toit !

Nous sommes toujours dans le bus. Les minutes défilent, le nombre de passagers augmente et la route reste largement chaotique, malgré que ce soit une route nationale très fréquentée !

Il est 14h lorsque nous entrons dans Pokhara. Cela nous a paru méga long, comme si nous avions roulé plusieurs centaines de kilomètres, alors que le trajet d’aujourd’hui n’était “que” de 103 km… On se fait déposer au centre-ville. La chaleur est suffocante, le soleil tape sur nos peaux. Nous nous étions habitués à la fraîcheur des montagnes 🙂 Une quinzaine de minutes plus tard, nous arrivons à l’auberge où nous logions avant de partir en trek : Aroma Tourist Hotel. Mark et Michelle vont loger au même endroit, car ils n’avaient pas réservé d’auberge à Pokhara. Quant à nous, nous devions de toutes façons y revenir, puisque nous avions laissé une partie de nos affaires ici ; ce n’est pas un problème, on s’y sentait très bien !

Bishnu, le propriétaire de l’auberge familiale, nous accueille à bras ouverts, et nous attribue un dortoir pour nous quatre. Nous qui pensions également retrouver Greg et Virginie ici à Pokhara, on ne les reverra pas puisqu’ils ont malheureusement dû rentrer précipitamment en France dès leur retour de trek, il y a 2 jours… 🙁 Nous les reverrons en Suisse ou en France c’est sûr !

A peine nos affaires déposées dans la chambre, nous ressortons pour dîner dans un petit restaurant israélien, que nous avions déjà testé il y a deux semaines. On se régale avec ces plats exotiques ! Puis, en milieu d’après-midi, nous retournons à l’auberge pour trier nos affaires et se reposer après une nouvelle journée de transports épuisante.

Le soir, nous voulons fêter cet accomplissement physique et mental. Marcher pendant une dizaine de jours, dormir dans des conditions rudimentaires, faire face à l’altitude et au froid, passer un col à plus de 5’400 mètres, avaler de la poussière et rouler sur des routes franchement dangereuses, tout cela nous a remis à notre place. Ce trek nous aura appris beaucoup sur nous-mêmes, sacré parcours que nous ne sommes pas prêts d’oublier ! Entourés de gens formidables, autour d’une bière et d’un bon repas indien, nous passons une superbe soirée à rire. Les petits plaisirs de la vie 🙂

Nous faisons une entorse au rythme instauré depuis le début du trek, puisque nous restons éveillés jusqu’à 22h30 avant que le sommeil ne nous emporte…

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